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03/08/2013

Au phare (1927) de Virginia Woolf

J'ai dessiné un phare pour de la recherche graphique pour un contrat de design web. L'idée du phare est venue d'elle-même sans qu'on me l'ait demandé. Étrangement je réalise aujourd'hui que je suis en train de lire Au phare (1927) de Virginia Woolf. Je me suis dernièrement arrêtée au passage suivant:
"Elle avait été admirée. Elle avait été aimée. Elle était entrée dans les pièces où se tenaient des personnes endeuillées. Les larmes avaient coulé en sa présence. Des hommes, des femmes aussi, abandonnant la complexité des choses, s'étaient permis auprès d'elle le soulagement de la simplicité."

09/02/2013

La tâche (2000), de Philip Roth

"L’été où Coleman me mit dans la confidence fut celui où, hasard opportun, on éventa le secret de Bill Clinton jusque dans ses moindres détails mortifiants, plus vrais que nature, l’effet-vérité et la mortification dus l’un comme l’autre à l’âpre précision des faits. Une saison pareille, on n’en avait pas eu depuis la découverte fortuite des photos de Miss Amérique dans un vieux numéro de Penthouse : ces clichés du plus bel effet, qui la montraient nue à quatre pattes et sur le dos, avaient contraint la jeune femme honteuse et confuse à abdiquer pour devenir par la suite une pop star au succès colossal. En Nouvelle-Angleterre, l’été 1998 s’est distingué par une tiédeur, un ensoleillement délicieux, et au base-ball par un combat de titans entre un dieu du home-run blanc et un dieu du home-run café-au-lait. Mais en Amérique en général, ce fut l’été du marathon de la tartuferie : le spectre du terrorisme, qui avait remplacé celui du communisme comme menace majeure pour la sécurité du pays, laissait la place au spectre de la turlutte ; un président des États-Unis, quadragénaire plein de verdeur, et une de ses employées, une drôlesse de vingt et un ans folle de lui, batifolant dans le bureau ovale comme deux ados dans un parking, avaient rallumé la plus vieille passion fédératrice de l’Amérique, son plaisir le plus dangereux peut-être, le plus subversif historiquement : le vertige de l’indignation hypocrite. Au Congrès, dans la presse, à la radio et à la télé, les enfoirés à la vertu majuscule donnaient à qui mieux mieux des leçons de morale, dans leur soif d’accuser, de censurer et de punir, tous possédés par cette frénésie calculée que Hawthorne (dans les années 1860, j’aurais été pour ainsi dire son voisin) avait déjà stigmatisée à l’aube de notre pays comme le « génie de la persécution » ; tous mouraient d’envie d’accomplir les rites de purification astringents – après quoi le sénateur Lieberman pourraient enfin regarder la télévision en toute quiétude avec sa petite fille de dix ans. Non, si vous n’avez pas connu 1998, vous ne savez pas ce que c’est que l’indignation vertueuse. L’éditorialiste William F. Buckley, conservateur, écrit dans ses colonnes : « Du temps, d’Abélard, on savait empêcher le coupable de recommencer », insinuant par là que pour prévenir les répréhensibles agissements du président (ce qu’il appelait ailleurs son « incontinence charnelle ») la destitution, punition anodine, n’était pas le meilleur remède : il aurait mieux valu appliquer le châtiment infligé au XVIIe siècle par le couteau des sbires du chanoine Fulbert au chanoine Abélard, son collègue coupable de lui avoir ravi sa nièce, la vierge Héloïse, et de l’avoir épousé. La nostalgie nourrie par Buckley pour la castration, juste rétribution de l’incontinence, ne s’assortissait pas, telle la fatwa lancée par l’ayatollah Khomeiny contre Salman Rushdie, d’une gratification financière propre à susciter les bonnes volontés. Elle était néanmoins dictée, cette nostalgie, par un esprit tout aussi impitoyable, et des idéaux non moins fanatiques."

Adapté au cinéma par Robert Benton en 2003, La Couleur du mensonge, avec Anthony Hopkins et Nicole Kidman.

29/08/2012

L'élu, par Chaïm Potok (1967)


"Brooklyn. 1944. « Chaque fois que je fais ou que je vois quelque chose que je ne comprend pas, il faut que j’y pense jusqu’à ce que je le comprenne… Je ne comprend pas pourquoi j’ai voulu te tuer. » Cet aveu résume l’aberration d’une guerre mal connue qui s’ouvre dans les quartiers juifs de New York, opposant sionistes et hassidiques que le conflit mondial achève de désunir.  Les premiers, intégrés au monde moderne, tirent leçon de la Shoah que les Juifs doivent prendre leur destin en main et construire une nation. Les seconds, refusant tout d’un monde « qui nous tue » rejettent encore l’idée de créer un pays israélite sans l’accord de Dieu.

L’histoire débute alors par un match de base ball qui se transforme en rixe et où un jeune sioniste, Reuven Malter, 15 ans, est gravement frappé à l’oeil.

A travers cette lutte s’en dessine une autre plus discrète mais peut être aussi plus douloureuse : celle de l’agresseur, Danny Saunders, fils d’un rabbin hassidique renommé. Promis lui-même à l’ordination, il cherche par amour pour son père et par respect envers sa religion pourtant si exigeante, à refouler sa propre personnalité, conscient qu’elle l’entraînerait vers un autre destin.

Cet incident va les éclairer tous deux et les unir d’une amitié impossible, défiant un monde que les logiques communautaires étouffent.

Reuven, attiré par ce garçon énigmatique, accepte d’être son confident et de devenir l’« élu » du jeune homme. À ce titre, Il apprend de Danny sa passion cachée pour Freud, ce juif qui, sans cesser de l’être, osa « arracher l’homme à Dieu » afin de « comprendre le mystère de la nature humaine ». Il pose ainsi la douloureuse question de l’identité juive face à la recherche de soi.

Dans le même temps, les massacres perpétrés par les Palestiniens lors de la création de l’État d’Israël vont affaiblir les forces du conservatisme au nom de la solidarité juive. Face aux réalités, c’est tout un monde de traditions et de convictions qui s’écroule, symbolisé par la dernière scène où le fils silencieux écoute en pleurant son père lui rendre sa liberté.

Ce roman nous entraîne dans l’univers bouleversant du New-Yorkais Chaim Potok (1929-2002) issu d’une famille juive conservatrice. Lui-même rabbin, il transpose au travers des personnages de L’Élu (et de ses autres romans : Je m’appelle Asher Lev ; Le don d’Asher Lev…) l’histoire de sa propre crise morale au moment où il voulu concilier identité juive et écriture. L’ensemble de son œuvre est considéré comme révolutionnaire dans l’histoire de la littérature outre-Atlantique car il aborde pour la première fois le problème de l’identité juive non en fonction de sa place dans la société américaine mais à l’intérieur même du judaisme.

Au-delà de cette épreuve personnelle, l’auteur veut rendre justice à tous : tyrannisés comme opppresseurs. Car ce monde hassidique, présenté d’abord sous son aspect froid et tyrannique, cache en lui une sensibilité aiguë, cristallisée dans la volonté de porter sur ses épaules la douleur d’un peuple ayant fait l’expérience du mépris humain.

Mais L’Élu ne s’arrête pas aux déchirements d’une communauté qui s’interroge sur sa raison d’être et sur son destin. Ce livre est aussi un grand ouvrage humaniste appelant à abattre les barrières qui obstruent la pensée humaine ou la fraternité entre les peuples. Pour l’auteur, nulle tyrannie ne saurait en effet légitimer son existence, pas même le malheur subi, pas même la recherche de Dieu quand tout espoir en l’Homme est tari.

Sophie AS Bib"
(ref:http://littexpress.over-blog.net/article-chaim-potok-l-elu-41789833.html)