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06/03/2014

RU (2009) de Kim Thuy

Premier roman, à tonalité autobiographique, de Kim Thuy. 

Des anecdotes de l'immigration et de la vie d'une jeune vietnamienne au Québec, à la fin des années 70.

Une écriture sèche et directe, amenée par fragments de mémoire. Pas de fioritures. La poésie est dans le rythme, entre les lignes. Nous lisons ce récit comme si nous suivions un témoignage rapporté d'une personne à une connaissance. Je m'imaginais l'auteure enregistrant ses souvenirs dans un dictaphone... L'écriture est dénuée de séduction et porte pourtant un certain charme, peut-être à cause de sa crudité et parfois même de sa douceur. 

Ru, dans mes lectures, à été comme une boisson au gingembre après une bonne part de tarte aux poires.

Petit extrait:
"Nous allions donc à la même école, comme des jumelles, assises sur le même banc dans la même classe. Parfois, ma cousine remplaçait notre maîtresse pendant son absence et se retrouvait debout sur le bureau de celle-ci, brandissant sa grande règle. elle avait cinq ou six ans, comme nous tous, mais n'étais aucunement intimidée par cette règle parce que, contrairement à nous, elle avait toujours été mise sur un piédestal. Alors que moi, je faisais pipi dans ma culotte parce que je n'osais pas lever la main, parce que je n'osais pas marcher jusqu'à la porte avec tous les yeux rivés sur moi. Ma cousine terrassait ceux qui copiaient mes réponses. Elle foudroyait ceux qui se moquaient de mes larmes. Elle me protégeait parce que j'étais son ombre."

15/01/2014

Enfance (1983) de Nathalie Sarraute


Roman autobiographique, écrit à deux "voix", de l'ordre de l'introspection, du souvenir et de l'analyse. Mon premier roman de Nathalie Sarraute. Un coup de foudre.

Un passage que j'aime beaucoup, parmi tant d'autres:

"J'ai beau me recroqueviller, me rouler en boule, me dissimuler toute entière sous mes couvertures, la peur, une peur comme je ne me rappelle pas en avoir connue depuis, se glisse vers moi, s'infiltre... C'est de là qu'elle vient... je n'ai pas besoin de regarder, je sens qu'elle est là partout... elle donne à cette lumière cette teinte verdâtre... c'est elle, cette allée d'arbres pointus, rigides et sombres, aux troncs livides... elle est cette procession de fantômes revêtus de longues robes blanches qui s'avancent en file lugubre vers des dalles grises... elle vacille dans les flammes des grands cierges blafards qu'ils portent...elle s'épand tout autour, emplit ma chambre... Je voudrais m'échapper, mais je n'ai pas le courage de traverser l'espace imprégné d'elle, qui sépare mon lit de la porte."

03/08/2013

Au phare (1927) de Virginia Woolf

J'ai dessiné un phare pour de la recherche graphique pour un contrat de design web. L'idée du phare est venue d'elle-même sans qu'on me l'ait demandé. Étrangement je réalise aujourd'hui que je suis en train de lire Au phare (1927) de Virginia Woolf. Je me suis dernièrement arrêtée au passage suivant:
"Elle avait été admirée. Elle avait été aimée. Elle était entrée dans les pièces où se tenaient des personnes endeuillées. Les larmes avaient coulé en sa présence. Des hommes, des femmes aussi, abandonnant la complexité des choses, s'étaient permis auprès d'elle le soulagement de la simplicité."

18/09/2012

Un léger déplacement, par Marie Sizun (2012)


"Fatiguée, à présent, épuisée - comme si elle avait marché loin, longtemps. Elle ferme les yeux. Ce n'est pas qu'elle soit triste. Pas du tout triste. Juste fatiguée. Oui c'est ça. Une fatigue heureuse, où se mêlent beaucoup de choses. Comme si lui lui avait raconté une histoire. De ces belles histoires tristes qui font plaisir, qui vous remplissent de joie, même si elles donnent envie de pleurer. Elle s'endort."

(réf: Un léger déplacement, Marie Sizun, 2012, Editions Arléa, Paris.)


02/09/2012

Voyages, d'Emmanuel Finkiel (1999)


"Dès son court-métrage (récompensé d'un César il y a quelques années), Emmanuel Finkiel (ancien assistant de Jean-Luc Godard et Kristof Kieslowski), nous mettaient face à face avec des rescapés des camps nazis. Ces visages dévastés, ces mains sillonnées, ces bras tatoués, Finkiel savaient déjà les filmer avec humilité et sobriété, sans artifice, presque «à distance», mais avec une humanité infinie. Son long-métrage, VOYAGES, récompensé aux César 2000 pour la meilleure première oeuvre de fiction et pour le meilleur montage, est une extension, un développement et un prolongement de son court-métrage. On y retrouve d'ailleurs quelques-uns des mêmes interprètes (tous non-professionnels), la même musique de la langue et des accents hébraïques, la même problématique: la difficulté pour les victimes de la Shoah de nouer des liens entre eux après la tragédie, leur profond sentiment d'isolement, leur peine irrévocable. Le titre VOYAGES raconte déjà d'une certaine façon des éclatements, des dispersions, des ermitages. Il évoque aussi, par la musicalité, l'idée de «voie», de «voix», et de «voir», mais également de «l'âge», et du «je», enfouie et imprégnée dans le film de Finkiel. Une oeuvre à grande part autobiographique mais résolument fictionnelle. Une fiction juste.

VOYAGES nous propose de suivre, de nos jours, les trajectoires de trois dames juives, marquées par leur emprisonnement dans des camps de concentration. Le film est divisé en trois parties, dans trois lieux différents: d'abord la Pologne, ensuite la France puis l'Israël. Trois portraits de femmes. Même s'il avoue aujourd'hui ne pas avoir choisi consciemment trois héroïnes, le spectateur ne peut que ressentir au fond un sentiment d'héritage, de chaleur et de naissance à la vision de ce triptyque féminin. Finkiel oppose pourtant inlassablement la femme à la mort, telle la première scène. Un groupe de rescapés arrivés en car visite un cimetière. La vieille dame, rare survivante d'Auschwitz, que l'on va apprendre à connaître dans le premier et le troisième fragment du film, reste un moment assise, seule, mais le groupe ainsi que son mari l'oublient et partent du cimetière sans elle, alors abandonnée et emprisonnée une nouvelle fois au milieu de la mort. La scène, stupéfiante, laisse entendre dans le fond des bruits stridents de machines et des craquements de bois. Bruits a priori anodins et logiques (on voit un employé débroussailler les mauvaises herbes autour des tombes), mais qui paraissent infiniment irréels et horribles pour cette femme, des sons infernaux venus d'un autre temps, comme si des fantômes revenaient à la surface."
(ref:http://www.cadrage.net/films/voyages/voyages.html)